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Résumés des contributions écrites en langue arabe
Dr Majdi Eljizouli,
Flux identitaires: Inventer la Patrie dans la
souffrance de l'arriération.
Au cours de l’évolution
du concept d’identité, s’est répandu un autre
concept, celui du Centre/ Marge qui exprime une
crise profonde qui touche non seulement les domaines
de l’économie, de la société, de la politique et de
la culture, mais aussi le pays dans sa totalité.
Dans sa version soudanaise, le concept a revêtu
l’habit de l’identité culturelle et raciale, donnant
lieu à une répartition entre une «bande» de méchants
arabisés et de bons non-arabisés, réduisant ainsi et
simplifiant toute une histoire de lutte sociale, qui
au cours de sa mutation, n'a cessé de fusionner et
de défaire les identités ethniques et culturelles.
Par cette critique, l’auteur ne vise pas à
sous-estimer les luttes justes et féroce conduites
dans les régions marginalisées contre «le
centre », qui reflètent une conscience
éclairée et une protestation efficace contre une
exclusion qui remonte à une longue histoire privant
ces régions du partage du pouvoir et des richesses
dont elles constituent les sources mêmes. Bien au
contraire, il vise à élaborer une vision réfléchie,
car la vraie problématique, selon l’auteur, ne
réside pas dans la diversité ethnique, religieuse,
culturelle ou linguistique, mais dans le
développement inégal et le manque de confiance
réciproque qui en résulte.
Majdi Eljizouli essaye
de démontrer une carte de la société soudanaise
submergée de fissurations historiques, ethniques,
culturelles, linguistiques et ethniques sur
lesquelles reposent les ségrégations et l’exclusion
sociale qui sont aggravées par le renforcement de
l’exploitation capitaliste. Cette analogie a pour
but de retracer un dénominateur commun entre la
guerre civile au sud Soudan (1983-2005) qui s’est
étendue jusqu’aux monts nouba et l’Angasana, la
guerre à laquelle on assiste actuellement au Darfour,
le conflit armé à l’est du pays et les contestations
au Kordofan et en Nubie, qui se cache sous la
couverture des identités.
Dr Majdi Eljizouli
est écrivain et chercheur. Il est le secrétaire
général adjoint de l’Union des écrivains soudanais.
2/ Mohamed Osman
Obeid (Deraij),
Darfour: l'Etat
soudanais et la violence racialisée.
L'auteur essaye de
faire une lecture de la violence que pratique l’Etat
soudanais à l’égard des groupes que le discours
étatique traite en tant que « minorités » ethniques,
négroïdes ou africaines , ce que l’auteur appelle
«violence racialisée». L’article traite plus
particulièrement le cas du Darfour, et s’articule
autour de trois axes:
1)
les violations
commises par l’institution de l’Etat.
2)
le manque
d’imagination des élites qui ont conduit et
continuent à conduire l’institution de l’Etat ; et
par conséquent son échec à instaurer un minimum de
consensus entre les différents peuples de nos
régions qui pourrait constituer un premier pas vers
une feuille de route « soudanaise nationale » et
garantir les droits et le respect à tout un chacun.
3)
la souveraineté
de l’Etat, qui s’est transformé en droit (de l’Etat)
de tuer.
L’article
jette un regard sur la violence de l’Etats soudanais,
en particulier la violence « racialisée », quand ces
trois conditions sont réunies.
Mohamed Osman
Deraij est
Chercheur soudanais et activiste des droits de
l'Homme. Il vit au Canada où il prépare ses études
post-universitaires.
3/
Dr Patricia Musa,
Loin de la métaphore. La lutte en tant qu'Identité
culturelle : "Regard ethnologique" sur l'échange
culturel au Soudan.
L’auteur aborde dans cet article le thème de
l’interculturalité au Soudan à travers une pratique
socio-culturelle commune aux Nouba et aux Baggara du
sud du Kordofan : le « souraa ».
Chez les
Nouba, le « souraa » est une forme de lutte corps à
corps qui s’inscrit dans un contexte de jeux
populaires ritualisés. Il est organisé dans le cadre
de tournois durant les premiers mois de la saison
sèche pour célébrer la fin des récoltes.
Or, cette
pratique rituelle des Nouba, population
d’agriculteurs animistes islamisés ou christianisés,
a été adopté par certaines populations Baggara,
éleveurs arabo-musulmans, qui cohabitent avec les
Nouba depuis plusieurs siècles.
Certes,
notamment par le biais des institutions, la langue
arabe et la religion musulmane se sont imposées
progressivement aux populations nouba, mais ce fait
n’a pu empêcher les échanges interculturels naturels
entre ces populations.
Emprunté
par les Baggara Hawazma aux Nouba Nyemang et Dilling,
le « souraa » a subi des modifications notables.
D’activité rituelle chargée de significations
sociales, le « souraa » s’est transformé en jeu
populaire, basé sur la compétition. Ainsi, le
personnage du « sabbari », détenteur des traditions
de la communauté, qui chez les Nouba « orchestrait »
rituellement ces tournois, est devenu chez les
Baggara l’organisateur de la lutte mais aussi un
chanteur, qui par le poids de ses paroles, sert de
régulateur social.
Quant à
l’objet-clé du « souraa », le « moutraq », bâton
chargé de valeurs symboliques et rituelles chez les
Nouba, il s’est mué chez les Baggara en un simple
objet fonctionnel que l’on brise pour marquer la fin
du tournoi de lutte.
Mais le
plus surprenant dans ce phénomène d’interculturalité
c’est que certains Nouba pratiquant en commun ces
luttes avec des Baggara, en sont venus à modifier
leurs propres règles, et donc le sens même de cette
activité. C’est ainsi que comme les Baggara,
certains Nouba n’utilisent plus qu’un seul « moutraq »
(au lieu d’autant qu’il y a de membres du clan),
s’enduisent le corps d’huile (et non de cendres) et
brûle le « moutraq » à la fin du tournoi (au lieu de
le conserver jusqu’au prochain).
Ce que
l’on perçoit bien à travers cet exemple, c’est que
les relations entre des communautés différentes (culturellement,
sociologiquement et économiquement) ne sont jamais
unilatérales et que l’activité transmise par une
communauté à une autre n’est pas seulement
transformé par la communauté réceptrice, mais aussi
par celle dont elle émane.
Les
différences culturelles loin de constituer une
entrave à la bonne entente des populations voisines
peuvent représenter un subtil enrichissement mutuel.
Seuls des
enjeux politiques en viennent à simplifier cette
complexité et à opposer abusivement des populations
arabes à des populations africaines.
Patricia Musa
est ethnolinguiste et africaniste.
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